Le 20 octobre 2005
Monsieur de Montherlant,
Ayant lu votre citation avec la plus grande attention, je tiens à vous dire qu’elle a suscité beaucoup de réaction quant à l’affirmation de votre phrase. La tonalité me semble catégorique voir fatale. En effet, selon vous, le pouvoir une fois possédé ne peut être utilisé qu’avec abus et excès. Mais peut-on réellement affirmer que tous les hommes abusent du pouvoir une fois qu’ils en ont possession ? Je pense bien entendu qu’il y a une part de vérité dans la citation. Je remarque que le « rien d’autre » exprime fortement le fatalisme des effets du pouvoir sur les comportements humains. Peut-être que je peux interpréter ce fatalisme ou cet automatisme comme l’expression d’une colère, d’un écœurement ou encore d’un message dont le but serait d’attirer les attention de façon à changer un régime politique. Le pouvoir est par définition la possibilité d’agir sur quelqu’un ou quelque chose. C’est plus concrètement la possibilité de pouvoir façonner les comportements des individus de façon à servir ses propres intérêts. Il est évident que la tentation d’en abuser est forte compte tenu de la définition du pouvoir. Abuser a une connotation négative car il est synonyme d’excès ou d’un usage mauvais. Il apparaît clairement, Monsieur de Montherlant, que les individus qui sont en possession de pouvoir finissent très souvent, voir automatiquement, à en abuser.
Cela est vrai en partie et l’exemple de Gygès me semble être le meilleur moyen pour imaginer ce qu’est le pouvoir. Gygès était un berger et en se promenant un jour, il a aperçu une profonde excavation. Il y pénètre par curiosité et il y trouve un anneau d’or. Il a découvert que lorsqu’il mettait l’anneau, il devenait invisible pour tous. S'étant assuré par mainte expérience de la merveilleuse propriété de son anneau, il se rend à la cour et, comme il était ambitieux, tue le roi Candaule, épouse la reine et usurpe la royauté. Cet exemple me semble être en adéquation avec votre vision sur le pouvoir. Gygès obtient le pouvoir de devenir invisible et compte tenu de son ambition, il décide d’en profiter ou plutôt d’en abuser de façon à pouvoir servir ces intérêts personnels.
Seulement, avec tout le respect que je porte à vos talents d’écrivain, je ne suis pas aussi catégorique que vous sur la vision du pouvoir. Je suis un jeune étudiant et l’ambition de faire une carrière politique est une option que j’envisage très sérieusement. Je puis vous dire que je suis un véritable passionné de politique et que je suis donc concerné par votre citation. J’ai adhéré dans un parti politique et je rentre donc tout doucement dans la sphère politique. Je me rends bien compte que déjà, les jeunes du parti visent telle ou telle mairie de façon à obtenir le pouvoir. Cela a pour conséquence la langue de bois et de répéter les lignes du parti. Ces comportements tendent vers l’excès et l’abus. Ils ont envi d’arriver à leur fin et il serait prés à tous pour y arriver. Il y a un grave manque d’éthique or l’abus de pouvoir est un manque de moral et d’éthique. Je pense donc que ces individus seraient susceptibles d’abuser de leur pouvoir.
Mais j’ai pu également découvrir que certaines personnes n’ont pas d’autres ambitions que de servir le peuple. Pour moi, la politique, c’est par définition servir ; cette mentalité existe chez quelques jeunes aujourd’hui et puis, il y a eu quelques hommes politiques qui ont su ne pas abuser de leur pouvoir. Permettez-moi simplement de vous donner exemple du Général de Gaulles. Il est sur que le contexte était particulier car nous étions en guerre mais il me semble que ce grand homme avait le sens de l’Etat et qu’il n’avait pas d’autres objectifs que de servir les intérêts du peuple français. Cet exemple n’est pas assez pertinent compte tenu du contexte de l’époque.
Pour vous donner la réponse à ma problématique de savoir si on peut réellement affirmer que tous les hommes abusent du pouvoir une fois qu’ils en ont eu possession, je vous donnerai simplement mon état d’esprit. Comme je vous l’ai dit, j’envisage une carrière politique et je pense simplement au service pour le peuple et non à la recherche du pouvoir. Certes, je ne sais pas ce que c’est que le pouvoir. Comme disait l’ancien 1er ministre espagnol : « ce qui disent qu’ils ne sont pas intéressés par le pouvoir, eh bien, ce sont des menteurs ! ». Cependant, j’ai déjà été confronté à des situations difficiles. J’ai pu me retrouver face à des problèmes mathématiques complexes lors d’examen que je n’arrivais pas à résoudre. Mon voisin, qui écrivait sur sa copie à toute allure, avait la réponse. Rien ne m’empêchait de tricher, d’avoir la possibilité de trouver la réponse avec le pouvoir d’avoir un voisin qui connaissait la solution au problème. Je puis vous dire en toute sincérité que je n’ai jamais triché de toute ma carrière d’écolier et d’étudiant. Oui, des étudiants ne trichent pas, mais en même temps, je me permets de préciser que beaucoup d’étudiants trichent. Mais pourquoi je n’ai pas triché ! Je pense tout simplement parce que je ne sais pas tricher, mes amis ne trichent pas et puis surtout, l’éthique, la conscience et la morale que j’ai acquise à travers mon éducation. Clairement, je pense qu’il y a ceux qui ont une conscience et ceux qui n’en ont pas. Il ne faut vraiment avoir aucune conscience lorsque certains étudiants volent des autres étudiants.
Aujourd’hui et de plus en plus, je pense à mon avenir et je me demande si je ne vais pas changer avec la politique et les effets du pouvoir. Eh bien, je reste confiant, je garde mon éthique et je dis ce que je pense. Je fais très attention à rester cohérent entre mes propos et mes gestes. Ce mécanisme me permet de me regarder dans une glace et de croire à une carrière politique saine et honnête malgré les comportements des hommes politiques. Quand j’entends G.W. Bush dire qu’il veut mettre son avocate à la cour suprême ; il me semble qu’il y a un abus de pouvoir et que cela alimente de la colère et de l’écœurement. Très simplement, Monsieur de Montherlant, je reste optimiste et je pense qu’une partie de la nouvelle génération va être différente. Je connais beaucoup de jeunes qui ont cet état d’esprit de ne pas abuser et je suis convaincu que l’abus de pouvoir sera de moins en moins présent. Il prévaudra le service pour le peuple.
Donc, oui et cela est un fait ; les hommes politiques ont une fâcheuse tendance à abuser du pouvoir et je tiens à vous dire que la nouvelle génération ne se comportera pas de cette manière. La force de la morale et de l’éthique prévaudra et par conséquent, les gens qui voteront pour les responsables politiques voteront pour des personnes n’ayant que pour objectif : « servir l’Etat et rien d’autre »
Je serais très intéressé de connaître votre point de vu sur ma réflexion. Je serais heureux de pouvoir vous rencontrer de façon à pouvoir échanger quelque mot sur le thème du pouvoir et de l’excès. Je vous souhaite, Monsieur de Montherlant, la meilleur des continuations dans vos talents d’écrivain et de penseur.
Bien Cordialement,
Signature